La cordillère Cantabrique, c'est cette chaîne de montagnes qui court le long du nord de l'Espagne, de la Galice au Pays basque, parallèle à la côte atlantique. J'y suis allé pour la première fois sur les conseils d'un copain guide, persuadé de bien connaître les montagnes espagnoles après quelques saisons dans les Pyrénées. Erreur. On est sur un autre univers : des parois calcaires qui tombent à pic, des gorges profondes, une humidité atlantique qui change tout. Si vous préparez un séjour rando, ski ou escalade dans le coin, voici ce qu'il faut vraiment savoir avant de boucler le sac.
Où se situe la cordillère Cantabrique et que faut-il savoir avant d'y aller ?
La chaîne s'étire sur près de 300 km d'est en ouest, à cheval sur les Asturies, la Cantabrie, la Castille-et-León et la Galice. Au nord, elle plonge vers la mer Cantabrique en quelques dizaines de kilomètres seulement. Au sud, elle borde les plateaux de Castille. Cette proximité avec l'océan, c'est la première chose à intégrer : le temps change vite, le brouillard monte sans prévenir, et les versants nord restent humides une bonne partie de l'année.
Le cœur le plus spectaculaire, ce sont les Picos de Europa, un massif calcaire partagé entre trois régions et classé parc national. C'est là que se concentrent les sommets les plus engagés et les randonnées les plus connues. Le reste de la cordillère reste plus sauvage, moins fréquenté, avec une faune remarquable : l'ours brun cantabrique y survit encore, discret, dans les forêts les plus reculées.
Concrètement, pour un premier séjour, je vous conseille de viser les Asturies ou la Cantabrie comme camp de base. Les villages d'Arenas de Cabrales, Potes ou Cangas de Onís sont bien placés pour rayonner.
Quels sont les principaux sommets de la cordillère cantabrique ?
Le point culminant, c'est le Torre de Cerredo, dans les Asturies, qui pointe à 2 648 m. Juste à côté, la Peña Vieja (2 613 m) offre un des plus beaux panoramas de la Cantabrie et marque la frontière avec la Castille-et-León. Mais le sommet le plus célèbre n'est pas le plus haut.
Le Naranjo de Bulnes, l'icône de la cordillère
Le Naranjo de Bulnes, qu'on appelle aussi Picu Urriellu, culmine à 2 519 m, près du village de Bulnes. C'est une tour de calcaire aux parois presque verticales, mythique pour les grimpeurs. Pour être clair : on ne monte pas au sommet en randonnant. L'ascension relève de l'escalade et de l'alpinisme, réservée aux pratiquants confirmés et encadrés. En revanche, randonner jusqu'à son pied, à la vega de Urriellu, c'est accessible à un bon marcheur, et la vue sur cette muraille orange au coucher du soleil vaut largement la montée.
Les autres sommets marquants
La Peña Prieta (2 539 m), à la limite des monts de León et de Palencia, domine un secteur sauvage et peu fréquenté. Le Pic d'Ubiña (2 417 m) offre lui aussi des pentes raides et des crêtes acérées, dans un cadre superbe mais qui demande de l'expérience. Voici un repère rapide pour vous situer :
| Sommet | Altitude | Région | Pour qui ? |
|---|---|---|---|
| Torre de Cerredo | 2 648 m | Asturies | Randonneurs aguerris, terrain alpin |
| Peña Vieja | 2 613 m | Cantabrie | Randonneurs confirmés |
| Peña Prieta | 2 539 m | León / Palencia | Confirmés, secteur isolé |
| Naranjo de Bulnes | 2 519 m | Asturies | Grimpeurs / alpinistes encadrés |
| Pic d'Ubiña | 2 417 m | Asturies / León | Confirmés |
Sécurité
Le calcaire des Picos est splendide mais traître : terrain karstique, gouffres, brouillard qui tombe en dix minutes. Avant toute ascension engagée, vérifiez la météo locale, partez tôt, et sur les sommets techniques comme le Naranjo, l'encadrement par un guide de haute montagne n'est pas une option, c'est la règle. Un guide certifié connaît les voies, les sorties de secours et les conditions du moment.

Quelles activités pratiquer dans la cordillère Cantabrique ?
C'est un terrain qui se prête à beaucoup de choses, été comme hiver. La randonnée domine, mais on y grimpe, on y skie, on y vole en parapente et on y roule en VTT. Le bon réflexe, c'est de partir de votre niveau réel, pas de la beauté de la carte postale. Certains itinéraires affichés comme « touristiques » réclament quand même de bonnes jambes et le pied sûr.
Les randonnées à connaître
La Ruta del Cares reste l'incontournable du massif, et pour une fois ce n'est pas usurpé. Ce sentier creusé à flanc de gorge relie Caín à Poncebos sur environ 11 km (22 km aller-retour), avec un dénivelé modéré mais des passages aériens taillés dans la falaise. Comptez 5 à 6 heures aller-retour. Accessible à un randonneur régulier, mais à éviter si vous êtes très sensible au vide.
Pour un panorama haute montagne sans trop d'effort, le téléphérique de Fuente Dé vous hisse à 1 823 m en quelques minutes. De là, plusieurs boucles s'offrent à vous, dont le secteur d'Horcados Rojos, plus exigeant. La traversée intégrale des Picos, elle, c'est plusieurs jours en autonomie sur terrain alpin : réservée aux randonneurs très expérimentés, avec gestion de l'eau, des refuges et de la météo.
Niveau requis
Ruta del Cares : débutant motivé à intermédiaire, sans difficulté technique mais long et exposé au vide. Boucles autour de Fuente Dé : intermédiaire. Traversée des Picos ou Horcados Rojos : confirmé, terrain de haute montagne.
Escalade et via ferrata
La cordillère est un terrain de jeu réputé pour la grimpe, des grandes voies du Naranjo aux secteurs école plus abordables. Les via ferrata de La Hermida, dans la vallée du même nom, sont une bonne porte d'entrée : ce sont des parcours équipés de câbles, barreaux et ponts suspendus fixés dans la paroi, qui permettent de progresser sur du terrain vertical en restant assuré. Prévoyez le matériel adapté (baudrier, longe de via ferrata avec absorbeur, casque) et, si vous débutez, faites-vous accompagner par un professionnel pour la première sortie.
Ski et raquettes en hiver
Oui, on skie dans la cordillère, même si on est loin des grands domaines alpins. Les stations comme San Isidro (León) ou Alto Campoo (Cantabrie) proposent du ski alpin familial, de la luge et du snowboard, sur des domaines de taille modeste. La meilleure période d'enneigement va globalement de janvier à mars, mais l'influence atlantique rend la neige capricieuse : renseignez-vous sur les conditions avant de réserver.
Pour moi, le vrai plaisir hivernal ici, c'est la raquette. Les forêts des Asturies et le secteur de Fuentes Carrionas se parcourent en silence, idéal pour repérer les traces d'animaux. Le ski de fond se pratique aussi sur quelques circuits en vallée. Dès que vous quittez les pistes balisées en hiver, le risque d'avalanche existe : consultez le BERA (Bulletin d'Estimation du Risque d'Avalanche), équipez-vous d'un DVA (détecteur de victimes d'avalanche), d'une pelle et d'une sonde, et formez-vous à leur usage. En cas de doute, un accompagnateur ou un guide selon le terrain.
Quelle est la meilleure période pour visiter la cordillère Cantabrique ?
Tout dépend de ce que vous cherchez. Pour la randonnée, la fenêtre idéale court de juin à septembre : les sentiers d'altitude sont dégagés, les jours longs, et les refuges ouverts. En septembre, vous gagnez en tranquillité et les couleurs commencent à tourner. Le printemps reste humide et les névés persistent en altitude jusqu'en juin sur les versants nord.
Pour le ski et la raquette, visez janvier à mars. L'été, surtout en août, est la haute saison touristique sur la Ruta del Cares et à Fuente Dé : partez tôt le matin pour éviter la foule et le parking saturé.
Bon plan
Le village de Bulnes n'est accessible qu'à pied ou par un funiculaire creusé dans la roche. Si vous voulez photographier le Naranjo dans une lumière calme, dormez sur place une nuit : vous aurez le sentier pour vous au lever du jour, quand les groupes ne sont pas encore montés.
Histoire, climat et environnement de la cordillère
La chaîne a longtemps servi de refuge et de frontière. Les peuples astures et cantabres y ont résisté aux Romains, puis les montagnes ont abrité les royaumes chrétiens pendant la Reconquista. Aujourd'hui, les traditions locales restent vivaces, de la Fiesta de la Santina dans les Picos à la gastronomie de montagne (fromages affinés, cocido).
Côté climat, la cordillère joue un rôle de barrière naturelle. Elle bloque les masses d'air humide venues de l'Atlantique : au nord, les versants reçoivent des pluies abondantes qui nourrissent des forêts denses ; au sud, l'air redescend asséché par effet de foehn, ce qui donne les plaines plus sèches de León et Palencia. Concrètement pour vous, ça veut dire qu'un même week-end peut être pluvieux côté asturien et ensoleillé côté castillan. Pensez-y au moment de choisir votre versant.
Plusieurs zones sont protégées, dont le parc national des Picos de Europa et des secteurs classés réserve de biosphère par l'UNESCO. La faune y est précieuse : ours brun, gypaète barbu, desman des Pyrénées. Restez sur les sentiers, ne dérangez pas la faune, et redescendez vos déchets.
L'essentiel à retenir avant de partir
La cordillère Cantabrique offre un vrai terrain de montagne, du sentier familial à la grande voie d'escalade, avec une nature préservée et une météo atlantique à respecter. Pour un premier séjour, basez-vous dans les Asturies ou la Cantabrie, calez la randonnée entre juin et septembre, et gardez les sommets techniques pour des sorties encadrées.
Avant de boucler le sac, trois réflexes : vérifiez la météo locale (elle change vite ici), adaptez l'itinéraire à votre niveau réel, et sur tout ce qui touche à l'escalade, l'alpinisme ou le hors-piste, passez par un guide de haute montagne. Ensuite, il ne reste plus qu'à profiter. Bonne route.