Trophée Andros : histoire et fin de la plus grande course sur glace

Si vous avez grandi dans les Alpes comme moi, vous avez forcément un souvenir du Trophée Andros : des voitures lancées à pleine vitesse sur un circuit de glace, en pleine nuit, au cœur d'une station de ski. C'était la plus grande course automobile sur glace au monde, née en 1990 et disputée chaque hiver dans les stations françaises. Et il faut le dire d'emblée, parce que beaucoup de monde l'ignore encore : la compétition a tiré sa révérence en janvier 2024, après 35 éditions, rattrapée par le réchauffement climatique. Je me souviens d'être allé voir une manche à Val Thorens il y a quelques années, emmitouflé dans ma doudoune, et l'ambiance valait vraiment le détour.

Qu'est-ce que le Trophée Andros ?

Le Trophée Andros était un championnat de course automobile sur glace, une sorte de rallycross hivernal disputé dans les stations de ski. Le principe : des voitures à quatre roues motrices et quatre roues directrices, taillées pour la glisse, qui s'affrontaient sur des circuits gelés tracés en altitude. La discipline portait le nom de son partenaire historique, la marque de compotes et confitures Andros.

Ce qui faisait son charme, c'était le mélange. On y croisait des spécialistes du rallye, du rallycross, des courses de côte, mais aussi des pilotes venus de la Formule 1 ou de l'endurance. Yvan Muller a dominé la discipline pendant près de dix ans. Alain Prost, quadruple champion du monde de F1, s'y est aussi illustré avec plusieurs titres. Des célébrités venaient même tenter l'expérience le temps d'une saison, ce qui ajoutait au spectacle.

Pourquoi le Trophée Andros s'est-il arrêté ?

La réponse tient en deux mots : le climat. Les organisateurs ont annoncé fin 2023 que l'édition 2023-2024 serait la dernière. Et la raison est concrète : il devenait de plus en plus difficile de garantir de la glace sur les circuits. Max Mamers, le fondateur, l'a résumé avec humour en disant qu'il ne serait plus le premier client de Météo France.

Sur le terrain, ce qui a changé, c'est la régularité des hivers doux et pluvieux. Certaines manches ont failli ne pas se tenir faute de froid suffisant. À Lans-en-Vercors, lors de l'ultime saison, il a fallu compter sur de la neige stockée à l'avance pour que les courses aient lieu. Une piste alternative, le passage à l'hydrogène, aurait demandé une dizaine d'années de développement, sans aucune garantie côté météo. La décision d'arrêter a donc été prise.

Comment se déroulaient les courses du Trophée Andros ?

Une manche se courait sur un week-end complet, généralement en deux courses. Le déroulé suivait quatre étapes bien rodées, que je vous détaille parce que c'est ce qui rendait le format lisible même pour un spectateur novice.

  1. Les essais libres. Une session sans chronomètre, jusqu'à trois tours, pour prendre ses marques sur la glace. Aucun point en jeu, le pilote décidait du nombre de tours.
  2. Les qualifications. Le pilote tournait avec trois autres concurrents, sur quatre tours chronométrés et cumulés. Deux sessions étaient autorisées, le meilleur temps servait de base. C'est là que se jouait l'essentiel du classement, environ 75 % des points.
  3. La super-pole. Un défi solitaire sur un seul tour chronométré, réservé aux meilleurs qualifiés, dans un ordre tiré au sort.
  4. Les finales. Les meilleurs pilotes répartis en deux groupes se disputaient les places, pour les 25 % de points restants.

Le total des points par manche était plafonné, avec la grosse part attribuée aux qualifications. En pratique, un pilote régulier en qualif partait avec une longueur d'avance solide.

Quelles stations accueillaient le Trophée Andros ?

Le championnat faisait étape dans plusieurs stations françaises, parfois à l'étranger. La toute première course a eu lieu à Serre Chevalier, en janvier 1990. Au fil des ans, le calendrier s'est densifié, avec des incursions en Andorre et même trois éditions à Sherbrooke, au Canada.

Pour la dernière saison, le tracé était le suivant.

Étape Station Massif
Ouverture Val Thorens Savoie
2 Andorre Pyrénées
3 Isola 2000 Alpes-Maritimes
4 Lans-en-Vercors Vercors (Isère)
Finale Super-Besse Massif central

Lans-en-Vercors détient le record de manches accueillies, plus de trente sur l'ensemble de l'histoire. Et il y a eu douze passages au Stade de France pour des super-finales spectaculaires, devant des foules énormes.

Qui est le pilote le plus titré du Trophée Andros ?

Sans hésiter, Yvan Muller. Le pilote alsacien a remporté dix titres et quarante-huit victoires sur l'ensemble de sa carrière dans la discipline, un palmarès que personne n'a approché. Alain Prost, lui, a signé trente-huit victoires et plusieurs titres, preuve qu'un champion de F1 pouvait s'imposer sur la glace.

Du côté des constructeurs, plusieurs marques se sont impliquées officiellement au fil des décennies, avec leurs préparateurs et leurs prototypes maison. C'est ce qui a fait basculer la discipline, dans les années 90, de l'ère des artisans à celle des grands constructeurs.

Le virage électrique et la fin d'une époque

Un point important pour comprendre les dernières années : en 2009, le Trophée Andros a créé la première série de course automobile 100 % électrique au monde. Le plateau principal est progressivement passé à l'électrique, jusqu'à devenir intégralement le « e-Trophée Andros ». Une vraie première mondiale, saluée dans le milieu du sport auto.

C'est peut-être l'ironie de l'histoire : une compétition pionnière sur la voiture propre, finalement arrêtée par le dérèglement du climat. Max Mamers a tout de même laissé une porte entrouverte, en estimant que des courses sur glace continueraient peut-être ailleurs, avec d'autres pilotes et d'autres circuits.

Le Trophée Andros peut-il revenir un jour ?

À ce jour, rien d'officiel ne laisse penser à un retour sous le nom Trophée Andros. La compétition s'est arrêtée par choix des organisateurs, face à des hivers de moins en moins fiables. Le fondateur lui-même reste prudent : il pense que la course sur glace ne mourra pas forcément, mais l'aventure Andros, telle qu'on l'a connue, est bien terminée.

Si le sujet vous passionne, le mieux reste de fouiller les archives vidéo des grandes finales, notamment celles du Stade de France. On y retrouve l'essence de ce que ce championnat avait d'unique : des voitures qui glissent, du suspense, et une ambiance de station de ski qu'aucune autre discipline mécanique n'a su recréer.

À retenir : le Trophée Andros, c'était 35 éditions de course sur glace, de 1990 à 2024, le règne d'Yvan Muller, un passage pionnier à l'électrique, et un arrêt provoqué par le manque de froid. Si vous voulez prolonger le voyage, jetez un œil aux replays des manches mythiques. C'est la meilleure façon de comprendre pourquoi cette course a marqué autant de générations de passionnés.